ASSE

La situation du club, son projet sportif pour les Verts... Claude Puel livre ses vérités

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Claude Puel, l'entraîneur de l'AS Saint-Etienne.
Claude Puel, l'entraîneur de l'AS Saint-Etienne.

Dans un entretien fleuve accordé au quotidien L'Equipe, Claude Puel (59 ans), l'entraîneur et manager général de l'AS Saint-Etienne, a livré les détails de son projet pour le club ligérien.

À la veille d'un déplacement à Lens, en tout début de mois, Claude Puel avait profité de son passage devant les journalistes pour se fendre d'une franche mise au point sur la situation financière de l'ASSE, qui venait tout juste d'accepter de vendre Wesley Fofana (19 ans) à Leicester City pour un montant record (35 M€ + 5 M€ de bonus). Ce vendredi, chez nos confrères de L'Equipe, l'homme à la double casquette (entraîneur et manager général) a remis le couvert, encore une fois sans langue de bois. À l'écouter, le constat était limpide : le club forézien ne pouvait plus continuer de vivre au-dessus de ses moyens. Cette nouvelle sortie dans les médias était donc nécessaire et indispensable pour justifier et expliquer les tenants et les aboutissants de ce projet, "viable que dans un cadre cohérent, et si on l'explique" et mettre fin à une "cacophonie (qui) met la pression sur tout le monde".

"Le club allait dans le mur"

"À mon arrivée, j'avais la perception d'un groupe de haut niveau, récompensé par une quatrième place (à l'issue de la saison 2018-2019), mais qui ne pouvait pas s'inscrire dans le futur. Avec ma fonction élargie, j'ai eu connaissance de la situation économique. Le club allait dans le mur, il s'était beaucoup endetté pour suivre ce schéma, qui avait vécu. Ce groupe était en échec, dernier au coup d'envoi devant Lyon (victoire 1-0, le 6 octobre 2019). Mon boulot, ce n'est pas de dire si ce qui a été fait est bien ou pas bien mais d'établir un constat et de faire une projection. Où en est-on et où va-t-on? Sommes-nous dans la bonne direction ou faut-il vite bifurquer dans une autre politique? Je l'ai construite pour le club, pas pour moi", a tout d'abord rappelé le technicien ligérien dans les colonnes du quotidien sportif.

"Quand tu changes de cycle, tu ne fais pas que des heureux"

Ce dernier vise, donc, sans les nommer, ses prédécesseurs et notamment Jean-Louis Gasset (20 décembre 2017-mai 2019) qui avait permis le recrutement de plusieurs joueurs de renoms (Neven Subotic, Mathieu Debuchy et Yann M'Vila, notamment) pour ramener l'ASSE dans le très haut du tableau. Une organisation qui a bien marché, pendant un temps, mais qui n'est pas viable sur le long terme : "Les présidents ont été très ambitieux auparavant pour suivre une politique qui a occasionné un fort déséquilibre économique. Même pour eux, il était évident que ce n'était plus possible. Donc, on serre tout, on essaie de réduire la masse salariale au maximum, on cible des profils à fort potentiel et on essaie de les développer. Quand tu changes de cycle, tu ne fais pas que des heureux dans un groupe. Ce n'est agréable pour personne. On est humains", a estimé Claude Puel.

"L'envie de revitaliser le potentiel extraordinaire de l'ASSE"

Le Castrais se sait attendu au tournant et est pleinement conscient que les critiques s'abattront sur lui si les résultats ne suivent pas, mais il est convaincu de la pertinence de son projet, ainsi que de ses propres qualités pour le mener à bien : "Contrairement à ce que l'on croit parfois, je ne cherche pas à mettre le club dans la difficulté pour le remonter. Pas du tout. C'est plus un gros, un sacré défi. J'aime bien ces trucs de dingue qui consistent à partir de rien, car il n'y a pas de moyens, et d'arriver à mener une politique vertueuse, alors que tout le monde est circonspect", a-t-il assuré, et de préciser : "Je ne vais pas au plus offrant. Je ne suis pas non plus venu à Saint-Étienne pour obtenir des résultats à court terme, mais avec l'envie de revitaliser son potentiel extraordinaire. C'est toujours difficile car cela se fait dans l'incompréhension. Les gens veulent des résultats. Le reste est abstrait".

"Deux ou trois ans pour solder l'ancien projet"

Pour l'entraîneur/manager de l'AS Saint-Etienne, il faudra bien deux à trois ans pour solder l'ancien projet et installer pleinement le prochain : "On est dans un processus de reconstruction. Saint-Étienne doit jouer des places importantes. On est tous d'accord. Mais on doit d'abord remettre l'ASSE à flot économiquement, asseoir une politique sportive, puis remonter dans la hiérarchie, en sachant que d'autres clubs ont des moyens qui donnent le tournis", a-t-il rappelé. "Jouons cartes sur table : il nous faut deux ou trois ans pour solder l'ancien projet, installer le nouveau et décoller vraiment. Dix-neuf joueurs sont partis cet été. Le fait qu'on n'ait rien pu faire lors du mercato hivernal nous a fortement alertés : nos joueurs n'intéressaient pas d'autres clubs. Cela impacte notre politique admise par tous aujourd'hui, les finances, les possibilités du groupe et le recrutement. C'est un tout", a-t-il ajouté, et de conclure : "On y arrivera en redevenant maître du marché, c'est-à-dire en programmant la vente d'un joueur, pas en la réalisant dans l'urgence. C'est un vœu pieux".