ASSE

Saint-Étienne, monument en péril

Claude Puel et Wahbi Khazri, deux piliers sur qui l'ASSE ne peut pas vraiment s'appuyer
Claude Puel et Wahbi Khazri, deux piliers sur qui l'ASSE ne peut pas vraiment s'appuyer

En grande difficulté depuis le début du championnat, Saint-Étienne tentera une nouvelle fois de sauver sa peau en Ligue 1 cette saison. Pour Claude Puel et les joueurs, la tâche s’annonce ardue. Tout sauf un hasard pour un club pas des mieux gérés depuis plusieurs années…

Avec trois nuls pour autant de défaites en six petits matchs de Ligue 1, l'AS Saint-Étienne réalise son pire départ depuis la saison 1988/89, rien que ça. Dix-neuvièmes de Ligue 1 à égalité de points avec la lanterne rouge Metz (3), les Verts vont devoir réagir rapidement s'ils ne veulent pas vivre un exercice cauchemardesque comme ont pu expérimenter Guingamp, Toulouse ou Dijon ces dernières saisons. À la tête du navire stéphanois, les jours de Claude Puel sont comptés. Problème, lors des trois prochains matchs avant la trêve, les partenaires de Wahbi Khazri affronteront Monaco, Nice et Lyon, pas forcément l'idéal pour relancer une machine pour le moins enrayée.

Des problèmes structurels qui ne datent pas d’aujourd’hui

À Saint-Étienne, cela fait déjà plusieurs années que le bateau tangue. Depuis le départ de Christophe Galtier en 2017, les Verts ne sont jamais parvenus à retrouver la stabilité qui faisait la force du club pendant les huit ans du mandat de l’actuel entraîneur de l’OGC Nice. Le 6 novembre 2017, après une gifle monumentale reçue dans le derby face à l’OL (0-5), son successeur Oscar Garcia démissionne, quelques mois seulement après avoir posé ses valises dans le Forez. À l’époque, alors que le début de saison de l’équipe est loin d’être mauvais, le technicien espagnol justifie son départ soudain par un désaccord avec la façon de fonctionner de ses dirigeants. Deux mois plus tard, les faits lui donnent raison.

Pour le remplacer, une solution interne est privilégiée. Malheureusement, débutant dans un rôle pour lequel il ne semblait pas prêt, Julien Sablé ne parvient pas à laver l’affront du derby. Nommé entraîneur de l’ASSE le 15 novembre 2017, l’ancien milieu de terrain du club laisse la main à Jean-Louis Gasset un mois plus tard. Son bilan : cinq défaites et deux nuls en sept petits matchs de Ligue 1. À Noël, il y a péril dans la demeure stéphanoise. Au moment de récupérer l’équipe, Jean-Louis Gasset a fait sa liste à ses présidents. Terminées les vieilles méthodes, Roland Romeyer et Bernard Caïazzo sont contraints de faire une croix sur le salary-cap s’ils veulent sauver le club (dans l’immédiat en tous cas). Exit Bryan Dabo, Florentin Pogba, Loïs Diony et Léo Lacroix. Bonjour Neven Subotic, Yann M’Vila, Mathieu Debuchy et Paul-Georges Ntep, qui arrivent en renforts pour une opération maintien aussi difficile que coûteuse pour le club. Toutefois, le retour sur investissement est immédiat.

Très vite, les Verts sortent enfin la tête de l’eau, enchaînant treize matchs sans défaites en Ligue 1 (8 victoires et 5 nuls) entre la 23ème et la 35ème journée pour finir à une relativement belle 7ème place. Sous la houlette de Jean-Louis Gasset, le groupe est épanoui et crie haut et fort avoir retrouvé le plaisir de jouer au football. À l’été 2018, les dirigeants mettent à nouveau la main à la poche. Cette fois, Wahbi Khazri, Rémy Cabella, Timothée Kolodziejczak ou encore Yannis Salibur viennent ajouter encore un peu d’expérience et de vécu à un effectif déjà rodé aux joutes de la Ligue 1. La saison 2018/19 est de très bonne facture et qualifie directement le club pour les phases de poule de la Ligue Europa. Geoffroy-Guichard revit et a retrouvé toute sa splendeur.

Malheureusement, à l’intersaison, Jean-Louis Gasset prend sa retraite, à soixante-cinq ans. Patatras. Deux ans après le départ de Christophe Galtier, Saint-Étienne s’apprête à vivre une nouvelle saison galère. Sous les ordres de Ghislain Printant, adjoint devenu numéro un comme Julien Sablé deux ans plus tôt, le club retrouve les bas-fonds du classement. La campagne de Ligue Europa est un désastre. En six rencontres, les partenaires de Loïc Perrin ne parviennent pas à se défaire de La Gantoise, Wolfsburg et Oleksandria. Résultat, après un bilan chaotique de quatre nuls et deux défaites, le club est éliminé de la compétition dans l’anonymat le plus total.

Entre temps, Claude Puel a succédé à Ghislain Printant sur le banc. Fort de sa réputation d’entraîneur formateur, l’ancien technicien niçois est clair avec les cadres défaillants depuis le début de la saison : il ne compte pas sur eux. Si la méthode fonctionne durant ses deux mois, la deuxième partie de saison est bien plus difficile. Cinquièmes au soir de la seizième journée, les Verts ne sont pas malheureux de voir le Covid mettre un terme à une saison bien mal embarquée à la 28ème journée. Au moment de l’arrêt le 8 mars, les pensionnaires du Chaudron n’ont pris que cinq des trente-six derniers points possibles et figurent à la dix-septième place du classement.

Le centre de formation comme gilet de sauvetage

À la reprise, en plus d’une situation sportive plus que précaire, le club se trouve dans une situation financière préoccupante. Deux ans plus tôt, dans l’urgence absolue, plusieurs prêts ont été contractés de manière à pouvoir payer les salaires importants de Mathieu Debuchy, Yann M’Vila et autres Wahbi Khazri. Ainsi, à l’été 2020, comme un an plus tôt avec William Saliba, l’offre de 35M€ pour Wesley Fofana est une énorme bouffée d’oxygène pour un club à l’agonie. Problème, sportivement, la perte du défenseur central s’avère être plus préjudiciable que prévue. Avec lui, la reprise est très encourageante. Après s’être inclinés avec les honneurs en finale de Coupe de France face au PSG (0-1), les Verts démarrent l’exercice 2020-2021 par trois victoires en trois matchs en championnat. Derrière, encore là, Wesley Fofana est exceptionnel et évite à son équipe bien des situations dangereuses. À ses côtés, plusieurs talents émergent. Recrutés respectivement en janvier et en juillet pour deux bouchées de pain, Yvan Neyou et Yvan Maçon crèvent l’écran. Le 17 septembre, pour la première fois depuis 1979, les Stéphanois parviennent même à s’imposer au Vélodrome (0-2) !

Malheureusement, là encore, la chute n’est que plus douloureuse. Wesley Fofana parti, Saint-Étienne a perdu l’arbre qui cachait les défaillances d’une équipe déséquilibrée entre jeunes pousses encore tendres et cadres dépassés par les évènements. Cerise sur le gâteau, le 12 octobre, alors qu’il honore sa deuxième sélection avec les Espoirs, Yvan Maçon est contraint de céder sa place peu avant le retour aux vestiaires. Le verdict est sans appel. Alors en pleine bourre et auteur de deux passes décisives sur les deux buts stéphanois au stade Vélodrome, le jeune latéral droit est victime d’une rupture du ligament croisé antérieur du genou droit. Pour le club, c’est un nouveau coup dur au moment où débute une série de sept défaites consécutives en championnat. Pire, entre la 5ème et la 21ème journée, Jessy Moulin et les siens ne prennent que neuf points sur cinquante-et-un possibles.

Comme un symbole, dans les buts, celui qui a remplacé l’emblématique Stéphane Ruffier ne semble pas vraiment calibré pour la tâche. Blessé fin mars, le Drômois ne reviendra d’ailleurs plus jamais dans le onze, la faute aux très bonnes prestations de la dernière tête de gondole du centre de formation, Étienne Green. Excellent dans le sprint final, le jeune portier s’affirme comme l’acteur majeur du nouveau sauvetage in extremis des Verts, écrivant par la même occasion une très belle histoire, lui qui ne devait même pas être conservé par le club à la fin de la saison. Nouvelle coqueluche de Geoffroy-Guichard, le jeune franco-anglais est aujourd’hui indiscutable et a depuis prolongé son contrat avec son club formateur à deux reprises.

Claude Puel sur la sellette ?

Forcément, alors que le club réalise son plus mauvais départ en Ligue 1 depuis la saison 1988/89, difficile de ne pas pointer Claude Puel du doigt. Arrivé il y a deux ans, le technicien affiche un bilan loin d’être concluant sur les bords de la Loire. S’il n’a pas dérogé à sa capacité à faire éclore et progresser les jeunes joueurs, l’ancien entraîneur de Leicester n’est jamais parvenu à créer autour de ses jeunes pousses un projet de jeu collectif abouti comme il avait pu le faire à Nice. Alors qu’individuellement, Étienne Green, Yvan Maçon, Wesley Fofana, Yvan Neyou ou encore Lucas Gourna ont pris une nouvelle dimension sous ses ordres, collectivement, l’ASSE n’est jamais parvenue à tirer durablement la quintessence de cette somme de talents individuels.

Un constat très certainement inhérent à la relation de l’homme de 61 ans avec ses cadres. À son arrivée, Claude Puel n’a pas caché sa volonté de tourner la page Loïc Perrin, Yann M'Vila, Mathieu Debuchy, Wahbi Khazri ou encore Stéphane Ruffier. Dans la Loire, il n’a d’ailleurs jamais pu réellement compter sur ces joueurs-là à leur meilleur niveau et ce pour des raisons différentes. Avec l’emblématique gardien du temple stéphanois Stéphane Ruffier, les choses sont tout de même surement allées trop loin. Difficile d’effacer huit excellentes saisons au motif de quelques mois de moins bien. Malgré le statut de taulier dont il disposait au club depuis 2011, Claude Puel n’a pas trembler au moment d’écarter le natif de Bayonne du groupe.

De quoi se mettre quelques autres meubles du vestiaire à dos. À sa décharge, depuis deux ans, l’ancien joueur de Castres puis de l’AS Monaco ne dispose pas d’effectifs de la qualité de ceux qu’il avait à Monaco, Lille, Lyon ou Nice. Assez pour se cacher derrière un bilan plus que moyen ? Certainement pas. Toujours est-il que déjà très difficile ces deux dernières saisons, l’opération maintien semble encore plus corsée cette saison, au grand désespoir du peuple stéphanois.